Guide
Reprendre un bail à Genève : ce que la régie peut exiger, et ce qu'elle ne peut pas
Ce que la loi impose, ce que la pratique a installé, et deux questions d'argent rarement abordées : le loyer initial et le rachat du mobilier.
Reprendre le bail d'un locataire qui part est, à Genève, l'un des moyens d'obtenir un logement sans se présenter à une visite collective. C'est aussi une situation où l'on accepte facilement des exigences auxquelles on n'est pas tenu. Ce guide sépare ce que la loi impose de ce que la pratique a installé, et traite deux questions d'argent rarement abordées : le loyer initial et le rachat du mobilier.
Remisedebail.ch est un service de Home Location SA. Nous sommes mandatés par les locataires qui remettent leur bail ; ce guide s'adresse aux repreneurs et expose le droit applicable, y compris lorsqu'il joue contre l'intérêt de nos mandants.
Reprenez-vous le contrat existant, ou en signez-vous un nouveau ?
L'article 264 alinéa 1 du Code des obligations concerne d'abord le locataire qui part. Il le libère de ses obligations s'il présente « un nouveau locataire qui soit solvable et que le bailleur ne puisse raisonnablement refuser », ce candidat devant en outre « être disposé à reprendre le bail aux mêmes conditions ». Le texte ne crée aucune obligation de contracter avec vous : le bailleur qui refuse un candidat valable perd son locataire sortant ; il ne se voit pas pour autant imposer le repreneur.
Selon les régies, la reprise se traduit tantôt par une succession au contrat en cours, tantôt par la signature d'un nouveau bail. Cette nuance, souvent passée sous silence, a une conséquence financière directe : dans ce second cas, il s'agit d'une nouvelle conclusion de contrat, donc d'un loyer initial, donc d'une formule officielle. Demandez d'emblée à la régie dans lequel des deux cas vous vous trouvez, et gardez sa réponse par écrit.
Le loyer peut-il changer, et que faire s'il a augmenté ?
Si l'on vous fait signer un nouveau bail, la règle suivante s'applique. Tant que dure la pénurie de logements, le bailleur d'une habitation située dans le canton de Genève doit utiliser, lors de la conclusion d'un nouveau bail, la formule officielle prévue par l'article 270 alinéa 2 CO. Cette obligation cantonale découle de l'article 207 alinéa 1 de la loi d'application du code civil suisse et d'autres lois fédérales en matière civile (LaCC, RSG E 1 05).
Selon l'Office fédéral du logement, dans son état au 3 février 2026, Genève figure parmi les cantons où cette obligation s'applique ; le taux de logements vacants y était de 0,34 % au 1er juin 2025. Ce taux illustre la situation, il ne fonde pas à lui seul l'obligation : la pénurie s'apprécie par catégorie de logements, selon le nombre de pièces et le loyer par pièce, et les catégories concernées sont arrêtées chaque année par le Conseil d'État. Il faut donc vérifier que le logement relève d'une catégorie visée par l'arrêté en vigueur.
Cette formule, appelée avis de fixation du loyer initial, indique le loyer et l'état des charges dus par le précédent locataire, le nouveau loyer et le nouvel état des charges, le motif précis d'une éventuelle augmentation, votre droit de contestation, le délai pour l'exercer et l'adresse de la commission de conciliation. Elle vous permet donc de voir, noir sur blanc, si le loyer que l'on vous demande est celui que payait la personne dont vous reprenez le logement.
La formule vous a été remise dans les règles. Vous pouvez demander la diminution du loyer initial devant l'autorité de conciliation dans les 30 jours qui suivent la réception de la chose, c'est-à-dire la remise des clés, si vous estimez ce loyer abusif au sens des articles 269 et 269a CO et si l'une des deux portes d'entrée de l'article 270 alinéa 1 CO vous est ouverte :
- soit vous avez été contraint de conclure, par nécessité personnelle ou familiale ou en raison de la situation du marché local ;
- soit le bailleur a sensiblement augmenté le loyer initial par rapport au précédent loyer.
Une seule des deux suffit. Mais aucune ne dispense de démontrer que le loyer est abusif : une hausse sensible ouvre le droit d'agir, elle ne donne pas encore la diminution.
La formule vous a été remise après coup. À Genève, l'avis de fixation du loyer initial doit être notifié au plus tard le jour de la remise de la chose louée (art. 207 al. 3 LaCC). Une formule notifiée après cette date est traitée comme une formule manquante : la fixation du loyer est nulle et vous pouvez vous en prévaloir au-delà des 30 jours. En tout état, le délai ne saurait courir avant que la formule ne vous soit parvenue.
La formule ne vous a pas été remise. Le Tribunal fédéral juge que la fixation du loyer est alors nulle, et que le locataire peut s'en prévaloir au-delà des 30 jours. La nullité frappe le loyer, pas le bail : le contrat subsiste et le juge fixe le loyer. Ce droit n'est toutefois pas sans limite : mieux vaut agir sans attendre, l'invocation très tardive pouvant être écartée et la restitution du trop-perçu étant elle-même bornée dans le temps.
Le réflexe utile tient en deux gestes : réclamer l'avis de fixation par écrit si on ne vous l'a pas remis, et noter la date exacte de la remise des clés ainsi que celle de la réception de la formule, puisque ce sont elles qui font courir le délai. Ce délai est court : faites vérifier votre situation sans attendre.
Modèle de courrier
Madame, Monsieur,
J'ai signé le [date] un contrat de bail portant sur le logement sis [adresse], dont je suis entré en possession le [date de la remise des clés].
L'avis de fixation du loyer initial sur formule officielle, exigé à Genève par l'article 207 alinéas 1 et 3 LaCC en application de l'article 270 alinéa 2 CO, ne m'a pas été remis. Je vous prie de me le faire parvenir.
Je vous adresse, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.
À envoyer en recommandé, et à conserver avec la preuve d'envoi. Adaptez ce courrier à votre situation ; il ne vaut pas conseil juridique.
Ce que vous n'avez pas à payer au locataire sortant
L'article 254 CO frappe de nullité la transaction couplée : celle à laquelle la conclusion ou la continuation du bail est subordonnée, et par laquelle le locataire contracte envers le bailleur ou un tiers des obligations qui ne sont pas en relation directe avec l'usage de la chose louée. Ce qui rend la reprise nulle, c'est qu'elle conditionne l'obtention du logement, non le prix demandé : racheter des meubles parce qu'ils vous intéressent, à un prix librement négocié, reste licite ; devoir les racheter pour obtenir l'appartement ne l'est pas, et le prix surfait n'est que la forme la plus visible du procédé. La même logique interdit à une régie de subordonner la location à la souscription d'une assurance auprès d'elle.
Demandez systématiquement une facture ou une liste signée des objets repris, avec leur prix. C'est la preuve la plus simple à produire si vous voulez contester ensuite.
Le dossier : ce qui peut vous être demandé, et quand
Aucune disposition ne dresse la liste des pièces exigibles, et le Tribunal fédéral relève qu'« il ne saurait être question à cet égard de fixer un cadre rigide quant aux documents exigibles ». Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence a en revanche publié un aide-mémoire sur les formulaires de demande de location. Ce texte n'est pas une loi : il expose la manière dont l'autorité applique le principe de proportionnalité, et il décrit une candidature en deux temps. Beaucoup de régies genevoises procèdent autrement et réclament l'ensemble des pièces dès le dépôt du dossier.
Ce que le Préposé fédéral admet dès le dépôt du dossier
- le formulaire de candidature de la régie ;
- votre situation professionnelle et un revenu annuel approximatif, par catégories ;
- si vous êtes suisse ou étranger, avec le type de permis de séjour et sa date d'échéance : le statut de séjour conditionne la durée du bail ;
- une copie de l'extrait du registre des poursuites, délivré à Genève par l'Office cantonal des poursuites contre un émolument de 17 francs (tarif relevé en septembre 2026, à vérifier sur ge.ch) ;
- des renseignements sur un éventuel garant, puisqu'il cosignerait le contrat.
Ce qui, selon lui, ne devrait être demandé qu'au candidat retenu
- la copie de votre pièce d'identité ou de votre permis de séjour, au moment de préparer le bail ;
- l'original de l'extrait des poursuites ;
- vos justificatifs de revenus : fiches de salaire, certificat de salaire.
Ce qu'il tient en principe pour inadmissible
- les questions sur l'état civil, la confession ou la nationalité précise ; le statut de séjour, lui, peut être demandé ;
- le montant de votre loyer actuel et la durée de votre bail actuel ; en revanche, savoir si votre bail précédent a été résilié par le bailleur, et pour quel motif, est légitime ;
- la prise de références à votre insu : elles supposent votre consentement, se limitent aux personnes que vous avez indiquées et ne servent qu'à confirmer ce que vous avez déjà déclaré.
Le Préposé fédéral recommande enfin la destruction des dossiers des candidats non retenus une fois le bail signé, à moins que le candidat n'ait consenti à leur conservation.
Distinguez ici la régie de l'intermédiaire. Un professionnel qui vous présente à une régie — c'est ce que fait Home Location — constitue votre dossier en amont et le conserve pour vous proposer d'autres objets ; cela suppose votre consentement, et vous pouvez à tout moment demander l'accès à vos données ou leur suppression (voir notre politique de confidentialité).
« Trois fois le loyer » : un usage de régie, pas une règle de droit
De nombreuses régies genevoises appliquent un ratio d'environ trois fois le loyer charges comprises. Ce n'est pas une exigence légale. Le Tribunal fédéral refuse de fixer une limite rigide entre loyer et revenus et apprécie la solvabilité de cas en cas ; ce qu'il retient, c'est que le bailleur ne doit pas se voir imposer un repreneur « dont la solvabilité ne serait en rien comparable » à celle du locataire en place.
Dans le même esprit, l'extrait des poursuites n'est pas une exigence formelle imposée en toutes circonstances : dans une affaire genevoise, le Tribunal fédéral a jugé qu'on ne pouvait pas écarter des candidats sur ce seul motif alors qu'ils étaient objectivement hors d'état d'en produire un et que leur situation financière était par ailleurs documentée.
Sur quels motifs un refus tient, et sur lesquels il ne tient pas
Sont admis comme motifs objectifs : des doutes fondés sur la solvabilité, une inimitié entre le bailleur et le candidat, une rivalité commerciale, le risque de désagréments pour les autres locataires. Ne suffisent pas : de vagues appréhensions, une antipathie, une attitude négative de principe envers une catégorie de personnes. Un motif qui n'a pas été invoqué au moment de la présentation du dossier et qui n'apparaît qu'ensuite, en procédure, n'est pas objectivement un motif de refus.
État des lieux et garantie de loyer
La garantie ne se transmet pas d'un locataire à l'autre : elle est déposée sur un compte ouvert au nom du locataire, et elle est plafonnée à trois mois de loyer pour un logement. Vous constituez la vôtre ; celle du sortant lui est restituée selon ses propres règles. Pour les immeubles genevois soumis à la LGL, le bail-type cantonal ne permet d'exiger des sûretés qu'à titre exceptionnel, si des circonstances particulières le justifient et avec l'autorisation du service compétent.
Sur l'état des lieux, retenez que le procès-verbal d'entrée est le moyen de preuve qui vous protégera à la sortie : c'est au bailleur d'établir que la chose a été délivrée en bon état, et sans procès-verbal cette preuve devient difficile pour lui comme pour vous. Faites-en un, avec photographies datées, même si la régie n'en organise pas ; demandez, si vous le pouvez, une copie de l'état des lieux de sortie du locataire précédent.
Trois mécanismes souvent confondus
- Reprise de bail : article 264 CO. Le sortant part définitivement, et le repreneur n'a aucun lien avec lui une fois le bail signé. Le détail de la procédure est exposé dans notre guide du locataire sortant.
- Sous-location : article 262 CO. Le locataire principal reste débiteur du loyer envers le bailleur et répond de l'usage que fait son sous-locataire ; elle suppose le consentement du bailleur, qui ne peut le refuser que pour les motifs énumérés à l'alinéa 2. Elle est faite pour une absence temporaire, celle du locataire qui garde l'intention de reprendre l'usage du logement dans un avenir prévisible. Utilisée comme un moyen de contourner l'article 264 CO — sous-location totale d'un logement que le locataire n'entend pas réoccuper —, elle est un abus de droit : après protestation écrite du bailleur, celui-ci peut résilier le bail de manière anticipée, moyennant un délai de congé de 30 jours au moins pour la fin d'un mois (art. 257f al. 3 CO).
- Transfert de bail : article 263 CO. Il ne vise que les locaux commerciaux, et laisse le sortant solidairement responsable pendant deux ans au plus. Il ne s'applique pas à un appartement, malgré ce que suggèrent beaucoup de pages en ligne.
Où chercher, et quand se méfier
Les objets à reprendre circulent sur les portails immobiliers, dans les groupes Facebook genevois et par le bouche-à-oreille. Les annonces entre particuliers, elles, ne font l'objet d'aucune vérification. Trois signaux doivent vous arrêter : un acompte demandé avant toute visite, un refus de communiquer l'adresse ou le nom de la régie, et un rachat de mobilier présenté comme la condition d'obtention du logement. Dans les trois cas, vous n'avez, à ce stade, aucun contrat et aucune garantie.
Si vous êtes de l'autre côté : remettre son bail
Remisedebail.ch est un service de Home Location SA, à Genève. Nous accompagnons les locataires qui remettent leur bail : nous publions l'objet, vérifions les candidatures et présentons les dossiers à la régie. Si vous êtes vous-même sur le départ, la procédure est décrite sur la page reprise de bail.
Nos conditions concernent le locataire qui remet son bail : Sans frais pour le locataire sortant lorsque nous trouvons le repreneur, en contrepartie d'une exclusivité de deux semaines.
Si vous cherchez au contraire à reprendre un bail, écrivez-nous vos critères par le formulaire de contact : nous vous indiquerons les objets que nous suivons et les conditions applicables. Les autres guides sont réunis dans le guide du locataire genevois.
Ce guide donne une information générale et ne remplace pas un conseil juridique individuel. L'ASLOCA et les permanences juridiques genevoises examinent les situations particulières.
FAQ — Foire aux questions
Le loyer peut-il augmenter quand je reprends un bail à Genève ?
Oui, si la régie vous fait signer un nouveau bail au lieu de vous faire succéder au contrat en cours. Demandez-lui par écrit dans lequel des deux cas vous êtes. S'il s'agit d'un nouveau bail, le loyer est un loyer initial : tant que dure la pénurie, il doit vous être notifié sur la formule officielle prévue par l'article 270 alinéa 2 CO, en application de l'article 207 LaCC, formule qui indique le loyer du locataire précédent et le motif précis d'une éventuelle hausse.
Que faire si la formule officielle ne m'a pas été remise, ou m'est parvenue après les clés ?
Réclamez-la par écrit, en recommandé, et conservez la preuve d'envoi. À Genève, elle doit être notifiée au plus tard le jour de la remise de la chose louée (art. 207 al. 3 LaCC) : une formule absente ou tardive rend la fixation du loyer nulle, et cette nullité peut être invoquée au-delà du délai de 30 jours. La nullité porte sur le loyer, pas sur le bail : le contrat subsiste et le juge fixe le loyer. N'attendez pas pour autant, l'invocation très tardive pouvant être écartée.
Dois-je payer le locataire sortant pour obtenir l'appartement ?
Pas pour obtenir le logement. Ce que l'article 254 CO frappe de nullité, c'est la reprise imposée comme condition du bail, quel qu'en soit le prix. Si les meubles vous intéressent réellement, négociez-les à part : demandez une liste signée des objets et de leur prix, et gardez la trace du paiement. Ce sont ces pièces qui vous permettront de démontrer, le cas échéant, que la reprise vous avait en réalité été imposée.
Faut-il vraiment gagner trois fois le loyer ?
Aucune disposition ne fixe de rapport entre le loyer et le revenu : c'est un usage de régies, et le Tribunal fédéral apprécie la solvabilité de cas en cas. Si vous êtes en dessous du ratio, documentez votre situation autrement plutôt que de renoncer au dossier : fortune disponible, attestation d'employeur, garant prêt à cosigner le contrat.
La régie peut-elle exiger mes fiches de salaire dès la première candidature ?
L'aide-mémoire du Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence considère qu'il est disproportionné d'exiger d'emblée tous les justificatifs de tous les candidats : les justificatifs de revenus ne devraient être demandés qu'au candidat retenu, au moment de préparer le contrat, le formulaire devant se contenter d'un revenu annuel approximatif par catégories. Cet aide-mémoire n'est pas une loi, et beaucoup de régies genevoises demandent ces pièces dès le dépôt du dossier.
Sur quels motifs la régie peut-elle écarter mon dossier ?
Demandez que le motif du refus vous soit indiqué par écrit au moment où il est prononcé : un motif qui n'apparaît qu'ensuite, en procédure, ne compte pas. Des doutes fondés sur la solvabilité sont recevables ; une antipathie, de vagues appréhensions ou une réticence de principe envers une catégorie de personnes ne le sont pas. Ce refus écrit est aussi la pièce dont le locataire sortant a besoin pour établir que le bailleur ne pouvait pas raisonnablement refuser son candidat.
Dois-je constituer une nouvelle garantie de loyer ?
Oui, et prévoyez-la dans votre budget : la garantie ne se transmet pas d'un locataire à l'autre, et elle ne peut pas dépasser trois mois de loyer pour un logement. Le compte est ouvert à votre nom, celle du sortant lui étant restituée selon ses propres règles. Si l'immeuble est soumis à la LGL, vérifiez que des sûretés peuvent bien être exigées : le bail-type cantonal ne le permet qu'à titre exceptionnel et avec l'autorisation du service compétent.
Confiez votre reprise de bail à une équipe qui en traite chaque semaine
Décrivez-nous votre logement et votre date de départ. Votre dossier est traité en 24 heures. Lorsque nous trouvons votre repreneur, le service ne vous coûte rien.
